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Projet à fort taux d’intégration, l’usine Emin Auto/ JAC, JMC, SsongYong attend le feu vert du CNI

Par Karim Nouar

Deux années et demi après la signature d’un accord de partenariat entre Emin Auto et JAC Motors pour l’installation d’une usine en Algérie, dédiée aux marques JAC , JMC et SsangYong, le projet attend toujours l’aval du Conseil national des investissements (CNI) pour achever la construction de cette usine que les responsables souhaitent faire démarrer en novembre prochain.

En attendant, le projet poursuit sa construction sur les 33 hectares du terrain acquis par Emin Auto à Aïn Temouchent, dans la zone industrielle de Tamzoura. Ici, les travaux ont considérablement avancé, constateront les journalistes conviés, jeudi dernier, par Emin Auto à une visite guidée des lieux. Mieux encore, le taux d’avancement est de 80%, précisera le Pdg de l’entreprise, Nihat Sahsuvaroglu .

Une précision qui se confirmera au fur et à mesure que la visite gagne du terrain, faisant découvrir la cartographie d’une usine ayant déjà consommé l’essentiel des gros œuvres, alors que le reste des travaux  n’est pratiquement plus qu’une affaire de charpentes métalliques à faire monter sur ces tonnes de béton qui émergent en piliers des terrassements opérés un peu partout.

Un projet entièrement industriel

Ici, Emin Auto et son partenaire JAC ont décidé de construire la « Première usine privée de fabrication automobile, moteurs et superstructures en Algérie », précise, et rappelle constamment, M. Sahsuvaroglu, comme s’il voulait insinuer que la leçon des usines automobiles à taux d’intégration zéro a été bien assimilée et que le projet de Aïn Témouchent est entièrement industriel.

Dans cet objectif, ce projet peut compter sur une chaîne d’assemblage et d’ajustement, un atelier d’aménagement des véhicules, un atelier d’essais et vérifications, un parc sous douanes, des réservoirs d’eau, des réseaux d’assainissement et aussi des routes et divers, précisera Sofiane Baghdadi, directeur régional et responsable des produits chez Emin Auto. Il ajoutera que la réalisation du site a nécessité un investissement de 2,7 milliards de dinars, alors qu’un montant identique sera injecté dans la ligne de production dont la construction sera  achevée en 25 jours une fois l’autorisation du Conseil national des investissements obtenue.

« Nous avons déjà obtenu l’avis favorable du comité d’évaluation technique du ministère de l’Industrie, celui de l’Agence nationale du développement de l’investissement (ANDI), le permis de construire, l’acte de propriété, la lettre d’engagement de JAC Motors pour la production de moteurs, d’équipements, superstructures et châssis pour JAC et autres marques », énumérera, de son côté M. Sahsuvaroglu, soulignant toutefois que « l’accord du CNI reste la condition préalable pour la finalisation des travaux et le démarrage de la production au niveau de l’usine ».

Production de moteurs aussi

A une question que nous lui avons posée pour savoir si les perturbations que traversent actuellement l’industrie automobile en Algérie ne risquaient-il pas de retarder encore pour longtemps l’aval du CNI, le même responsable répliquera rapidement pour nous  dira que « chez Emin Auto, nous ne regardons pas ce qui se passe ailleurs, nous nous occupons de notre projet, qui n’est pas nouveau, et nous comptons aller jusqu’au bout en faisant valoir des arguments sérieux et un engagement financier qui mérite d’être pris en considération puisqu’il contribuera au développement de l’industrie algérienne », répondra le même responsable, insistant sur « l’engagement » également de JAC Motors et de la Chine. Il rappellera, à ce sujet, l’envoi d’une correspondance, en 2018, par le gouvernement chinois à l’ancien ministre de l’Industrie et des Mines, à savoir Youssef Yousfi. « Selon cette  correspondance, JAC Motors et son partenaire historique en Algérie depuis 19 ans Emin Auto, se sont engagés pour une usine de fabrication automobile  ainsi qu’une autre pour la production de moteurs en Algérie et ce, à travers cinq étapes distinctes », tiendra à ajouter le PDG d’Emin Auto.

Ces étapes permettront une forte  intégration de l’usine de Aïn Témouchent dès le départ. Elle concerne l’usine de fabrication des moteurs pour les camions JAC/JMC  qui « entrera en production  dès la réception de l’unité devant abriter ce projet. Celle-ci devrait se faire au bout de 45 jours suivant la première commande des collections SKD  et après réception de l’unité de fabrication des moteurs », expliquera M. Baghdadi. Précisant que cette unité sera identique à celle dont dispose le constructeur chinois dans son pays et aura à produire  40 000 moteurs pour sa première année et deux types de moteurs, le 2.8 litres diésel avec Turbo et le 2.8 litres diésel avec turbo intercooler.

Il est également question de  fabrication des superstructures ou les carrosseries servant tour l’aménagement des camions. « Les bennes, plateaux, nacelles, bennes à ordures, frigo et autres containers seront alors totalement fabriqués à notre niveau », fera encore savoir le directeur régional et responsable des produits chez Emin Auto. Mêmes promesses pour la fabrication des châssis et la cabine ainsi que la peinture pour les modèles de l’usine qui « sera totalement assurée au niveau de notre unité de production et ce,  avant la fin du premier trimestre 2020 », poursuit le même responsable, avant d’ajouter que « la future usine Emin AUTO/ JAC devrait atteindre le plus vite possible un taux d’intégration des plus importants ». Dans cet objectif, elle pourra compter sur les sous-traitants chinois et turcs de JAC. Ces derniers « sont prêts à venir à s’installer en Algérie et à contribuer à cette intégration », promet encore M. Sahsuvaroglu.

Outre une sous-traitance à fort taux d’intégration locale,  Emin Auto/JAC veut faire de son usine de camions et pick-up en Algérie une rampe de lancement à destination de l’Afrique. « Nous comptons exporter 30 à 40% de notre production vers des pays de l’Afrique. Cela ne saurait se faire sans le soutien des pouvoirs publics à travers  l’amélioration de la logistique,  la signature d’accords commerciaux avec les pays africains et un accompagnement des banques en faveur des exportateurs », dira, dans cette perspective, le patron de l’entreprise.

Large gamme de modèles à prix accessibles

Une fois entrée en activité, cette usine produira des camions légers et fourgons JAC, des camions légers et poids lourds ainsi que des pick-up JMC, mais aussi des pick-up et des SUV SsangYong. La fabrication se fera sur chaînes d’assemblage distinctes, avec un volume de production qui atteindra les 100 000 unités à terme pour les trois gammes réunies. A son inauguration, elle fonctionnera avec 250 employés et les effectifs seront renforcés graduellement, nous dira, par ailleurs, le premier responsable d’Emin Auto, avant d’évoquer la grille tarifaire que compte appliquer son entreprise pour les véhicules fabriqués à Ain Temouchent.

Des prix imbattables s’ils venaient à être concrétisés,  puisqu’ils se situent à plusieurs centaines de milliers de dinars en dessous de ceux proposés actuellement chez  les concurrents. Jugez-en : un JAC 1040 S New Face (carrosserie plateau, 2.8 injection, charge utile 1 450 kg) sortie de l’usine de Tamzoura sera cédé à 1 700 000 DA contre 2 340 000 DA ou 2 990 000 DA pour des camions de même segment (châssis nu) commercialisés par d’autres marques sur le marché algérien. Dans le cas des SUV sud-coréens SsangYong, le client algérien sera sans doute ravi d’apprendre que  le très prisé Korando (2.0 Turbo diesel)  fabriqué en Algérie coûtera tout juste 2 700 000 DA.

A noter qu’Emin Auto est présent en Algérie depuis l’année 2000, année où il avait entamé ses activités en tant que distributeur de JAC, puis de JMC à partir de 2003, avant de renforcer encore cette présence avec la commercialisation de la gamme sud-coréenne  SsangYong en 2005, puis des chinoises Chana et Changan, en 2013. Cette entreprise compte actuellement un réseau de 48 agents assurant un total de 1 750 emplois directs et 8 000 emplois indirects, selon les chiffres livrés par ses responsables.