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Assainissement du dossier automobile: jusqu’où ira le ministre de l’Industrie ?

Le dossier de l’automobile version assemblage semble préoccuper Abdelamdjid Tebboune. Et ce dernier n’a pas hésité pas à l’exprimer dès les premiers jours de son élection à la présidence de la République, lorsqu’il avait inauguré la Foire de la production algérienne, avant de revenir à la charge lors du tout frais Conseil des ministres pour instruire le Gouvernement d’assainir la filière en optant pour des solutions « d’urgence » pour un dossier « sensible ».

Le ministre de l’Industrie et des Mines, Ferhat Aït Ali,  est donc appelé à aller vite en besogne face à des pratiques qui ont inondé de kits CKD-SKD les quelques usines d’assemblages automobiles opérationnelles en les vidant de toute substance industrielle. Pis encore, les projets automobiles « made in Bladi » n’ont pas tardé à éclater en scandales, donnant à jauger les dégâts causés au Trésor public par certains opérateurs autoproclamés fabricants.

La question qui se pose aujourd’hui est de savoir jusqu’où ira, ou jusqu’où pourra,  aller M. Ait Ali pour mener la mission d’assainissement dont il a été chargé par le président de la République. Autrement dit, pour quel mode d’emploi optera ce dernier qui, faut-il le rappeler,  connaît bien le dossier pour avoir été associé, en tant qu’expert,  de près à l’élaboration du premier cahier des charges régissant la filière,  mais que le ministre de l’Industrie en fuite, Abdesselam Bouchouareb, n’a jamais mis en usage, optant pour du sur mesure fortement rémunérateur pour les  proches de l’ancien régime.

Ce qui avait poussé alors des experts, dont Ferhat Aït Ali, à réagir dès l’entame de la triste expérience de l’assemblage automobile pour désavouer le processus mis en place et, bien plus, à recommander l’abandon de la piste assemblage automobile pour un pays qui ne possédait aucune prédisposition industrielle pouvant lui ouvrir cette voie.

Plus,  l’actuel premier responsable du secteur industriel n’avait jamais caché son rejet de l’assemblage automobile en Algérie. Régulièrement consulté par les médias, l’expert très en vue ces dernières années n’avait cessé de prévenir contre ce projet voué à « l’échec », soutenait-il sans cesse, avant de le qualifier carrément d’«arnaque » dans un entretien à Reporter, affirmant que  «qualifier une activité ou un site unique, sommairement aménagé, qui permet de sortir plus d’une dizaine de modèles de trois marques ou trois gammes de véhicules d’industrie, est en soi une hérésie jamais vue nulle part ailleurs». «J’ai dit en 2014 avec Renault et en 2017 avec les autres usines, que cette histoire relevait de tout sauf de l’industrie, de ce fait, elle n’est pas seulement non viable, mais n’est pas une industrie tout court», avait accusé l’expert, passé aujourd’hui de l’autre côté de la barre, dans le rôle d’un ministre mis au pied du mur par les instructions de Tebboune, mais aussi devant le fait accompli par les ministres qui l’avaient précédé à ce poste sous l’ère Bouteflika, tous condamnés à de lourdes peines de prison en compagnie d’un groupe d’hommes d’affaires activant dans la filière.

Dans ses analyses remettant en cause les pratiques qui ont étouffé dans l’œuf toute velléité d’industrie automobile, l’expert Ait Ali n’avait  d’ailleurs pas hésité, en novembre dernier, à estimer que face aux dégâts causés à la filière, l’idéal aujourd’hui serait revenir à l’importation directe, une démarche qui permettrait  au moins au  pays de bénéficiera d’une taxe et au Trésor d’être mieux financé, avait-il soutenu.

Faut-il attendre donc attendre que le ministre d’aujourd’hui aille jusqu’au bout de ses convictions d’expert rendues publiques il ya à peine quelques semaines, et agisse de sorte à réhabiliterles importations des voitures au détriment d’une stratégie qu’il avait lui aussi qualifiée de « montage déguisé » ?

Il faut dire que dans le milieu des nombreux concessionnaires évincés par Bouchouareb et ses successeurs de l’ancien système, le retour aux importations du neuf est très souhaité. Ces derniers estiment qu’au lieu de continuer à importer des kits CKD-SKD, il serait plus judicieux de revenir aux véhicules neufs finis par voie de quotas annuels et à travers un cahier des charges qui limiterait les importations aux moyenne et petite cylindrée. Dans cette logique commercial, « 1 milliard de dollars suffirait pour acheter jusqu’à 150 000 véhicules par an », nous dit l’un de ces concessionnaires, ajoutant que pareil volume « libérerait le marché de la pénurie dans laquelle il a été plongé ».

Ce type d’option figure sans doute dans les plans du ministre de l’Industrie et des Mines. Toutefois, Ferhat Aït Ali sait aussi qu’il n’est plus cet expert qui pouvait se permettre de parler, mais un ministre qui doit manœuvrer face à un dossier sensible à gérer, et face auquel il doit déployer le sens de la responsabilité qui pèse sur lui aujourd’hui.. «J’ai toujours été critique, non pas sur l’œuvre des cadres ou des ministres qui se sont succédé, mais sur la vision. On dit que l’art est difficile, la critique est aisée. Aujourd’hui, je suis au pied du mur.», avait-il d’ailleurs lancé lors de son installation à la tête d’un secteur dévasté par ses prédécesseurs.

In Reporters