Point de vue
Par Lyès Ibalitène
Comme il fallait s’y attendre, le projet d’une usine Renault en Algérie est parti s’inviter au Maroc, à l’occasion de l’inauguration de l’usine du constructeur français à Tanger.
Lors de la conférence de presse qu’il a animée dans une ferveur royale, le Pdg de Renault, en l’occurrence Carlos Ghosn, a été amené à évoquer le projet de son groupe en Algérie, en prenant même le soin de s’attarder sur le sujet, quand bien même l’événement était marocain. Et français aussi. Surtout français, et même franco-français dans bien des cas, notamment lorsque toute cette chaleur festive qui a entouré la ville de Tanger devait aller refroidir dans l’engouement à température au dessous de zéro et la glaciale riposte d’une opinion française qui monte au créneau pour accuser Renault de réanimer le marché de l’emploi dans d’autres pays, notamment émergents, après avoir osé mettre au congélateur des centaines de postes dans son bercail.
La quête du « Made in France » servant d’escorte au discours électoral chez une majorité de candidats à la toute prochaine présidentielle dans l’Hexagone, la réception du projet marocain de Renault en cette période délicate n’avait manifestement plus aucune chance d’échapper aux remises en cause de ces derniers et, pire, aux critiques acerbes des syndicats, partis et autres relais au mécontentement populaire.
Parmi ces derniers, il faut compter au moins un journaliste, celui-là même présent au Maroc et qui avait à cœur de savoir si le patron de Renault était capable de poursuivre l’internationalisation de son groupe tout en faisant la sourde oreille aux forts décibels de courroux en France. D’où la question tombée du ciel de savoir quel était le devenir du projet Renault en Algérie.
Et entre l’ardeur du « Renault extrêmement intéressé » et l’incertitude du « mais pour l’instant, c’est un projet, il n'y a pas de décision, pas d'aboutissement », les précisions de Carlos Ghosn portent en leur sous-entendu une forte charge de démenti à l’enthousiasme dégagé quelques jours auparavant par les négociations à Alger entre la partie algérienne et la délégation française conduite par Jean Pierre Raffarin, en sa qualité d’envoyé spécial du président Nicolas Sarkozy.
Un démenti qui, au-delà des paramètres techniques capables de peser sur le déroulement, l'avancement et l’aboutissement d'un projet d’une telle ampleur, pourrait être assimilé à une concession voilée faite à une opinion française qui n’est pas du tout d’humeur à entendre parler d’un autre projet Renault ailleurs qu’en France. D’autant que dans cette affaire, c’est aussi la responsabilité de l’Etat français actionnaire du groupe qui se trouve engagée.
Quant à la responsabilité de l'Etat algérien, on attend pour voir de quel engagement sera-t-elle désormais faite...
Vos commentaires :
"Carlos Ghosn compte-t-il fabriquer la SkyLine GTR en Algérie ?"
"Je ne comprend plus rien. - Je zappe sur chaine de télévision, on parle des essais nucléaire au sud algérien. - Je zappe sur une autre, on parle de l'immigration et de l’intégration. - Je zappe encore, on parle d'une usine française en Algérie. Je ne comprend plus rien, l’Algérie et la France sont comme un couple, il s’engueulent le jour, et dorment ensemble le soir."
"Enfin un vrai article ! Les fiches techniques m'ont donné des migraines."
"A mon avis, il vaut mieux pour renault de mettre en "stand-by" la conclusion de cette affaire jusqu'après les élections en france. On voit bien ce qu'a provoqué l'usine du Maroc. Le climat electrique qui regne en france ces jours-ci ne facilite pas les choses."
"Les français vont nous faire entendre et voir de toutes les couleurs les prochains semaines et mois, comme si on était les seuls bénéficiaires dans cette affaire, et eux ne sont là que pour nous rendre service ... si sovac était mieux organisé, les françaises n'auraient aucune chance devant les allemandes en Algérie. Il faut dire ce qui en est, Renault Algérie n'a pas forcément la meilleure voiture, mais très fiable coté commercial, distribution et service après vente."
"Lyes, j'adore ce papier. Cela fait longtemps que je n'ai pas lu des commentaires aussi acerbes de ta part. ça vaut le coût."



